
Philippe Delaveau
CERISIERS
Arbres en fleurs dans le verger, tout est blanc sur les branches.
La plaine ici confectionne des ailes pour s’élever
dans la hiérarchie des aurores jusqu’au ciel.
Je découvre combien sont sales nos mains qui ont serré la pince
pour opérer à chaud sous le capot de la voiture, transie de haut silence.
Et le buste penché comme celui qui prie.
Serrant, serrant avec la pince et le chiffon taché d’huile.
Capot brûlant. Brûlant intensément. Plus que mon cœur.
Source: Le Printemps des Poètes
CERISIERS
Arbres en fleurs dans le verger, tout est blanc sur les branches.
La plaine ici confectionne des ailes pour s’élever
dans la hiérarchie des aurores jusqu’au ciel.
Je découvre combien sont sales nos mains qui ont serré la pince
pour opérer à chaud sous le capot de la voiture, transie de haut silence.
Et le buste penché comme celui qui prie.
Serrant, serrant avec la pince et le chiffon taché d’huile.
Capot brûlant. Brûlant intensément. Plus que mon cœur.
Source: Le Printemps des Poètes
Ce poète nous pose une question simple mais importante en même temps: est-ce que c'est la poésie représente le dernier refuge à notre époque? De plus, il ajoute que "notre époque a gagné en sensiblerie , mais parfois elle perd en humanité". Philippe Delaveau considère le poète comme un veilleur dans un univers en proie au désastre. Ce n'est qu'à lui que la poésie peut offrir les ressources de ses formes innombrables. Peut-être c'est pour cette raison qu'il a appelé l'un de ses recueils "Le Veilleur amoureux".
La plupart de ses recueils ont été publiés aux éditions Gallimard. Ca veut dire qu'il est très connu et célèbre en France, mais il dit aussi de lui-même: "On ne sait pas toujours où me classer en France. Je suis très influencé par la poésie anglaise de Wystan Hugh Auden, de Kathleen Raine, de Sylvia Plath ou de T.S. Eliot. Les Anglo-Saxons n’ont pas abandonné la musicalité, contrairement à beaucoup de poètes français qui ont adopté une certaine sécheresse à l’intérieur du poème du fait de la primauté de l’interrogation théorique". Philippe Delaveau a recu le prix Apollinaire (1989), le prix Max Jacob (1999) et le Grand Prix de l’Academie francaise « pour l’ensemble de son oeuvre » (2000).
Mais comme souvent quand on parle d'un artiste, il ne suffit pas de connaître ses récompenses. Il faut prendre connaissance de ses oeuvres. Essayons de le faire maintenant.
« Tout est soleil : l’eau qui miroite et les voix assurées. Tout est rythme : l’eau d’une branche, les plantes qui progressent, la perfection de l’air, même les cernes sombres des villages. »
Mais comme souvent quand on parle d'un artiste, il ne suffit pas de connaître ses récompenses. Il faut prendre connaissance de ses oeuvres. Essayons de le faire maintenant.
« Tout est soleil : l’eau qui miroite et les voix assurées. Tout est rythme : l’eau d’une branche, les plantes qui progressent, la perfection de l’air, même les cernes sombres des villages. »
Le membres du ce blog ont déjà entendu le nom de Philippe Delaveau parce qu'il est venu dans notre université au mois de mars. Il a répondu aux questions des étudiants, il a lu quelques-uns de ses poèmes et a essayé de transmettre sa perception du monde.
Je voudrais vous citer quelques extraits:
"Complicité"
Le ciel s'est appuyé
De tout son poids de juillet bleu
Sur les fragiles reins du toit
Pour voir ce que tu lis
Par-dessus ton épaule
"Merveille"
Merveille que cela soit :
l'enchantement du verre
qui traduit et médite les gestes égarés
une auto qui passe, un nuage en sourdine.
Les restes de la pluie sur le dos des feuilles,
l'odeur forte harnachée aux sangles du vent,
l'étroite faille d'où tombe la lumière.
L'histoire dont on fait des récits en semble moins triste,
comme les songes du voyageur arrêté
- et ce qu'un poète toujours tente de dire.
"A la belle endormie"
Maitenant que j'écris sur la page secrète
Des mots doucement ivres de ton nom,
Tu dors dans ce désordre de cheveux
Odorants et doux que je respire,
Et les volets fermés ont replié leurs ailes.
Le soleil par les fentes soyeuses d'un après-midi
Jette ses lettres sur le plancher qui flambe :
Je les ramasse, je veux les lire, je transcris
Ces mots d'amour et dans ton cou je les traduis
Contre l'oeil clos de ton oreille.
Belle endormie loin de moi, tout prés de moi, ton rêve
Encore fou, rêve et s'enfuit. Dis-moi tout bas
De deux amants quel est ce doux royaume.
Et comment le soleil qui déjà fuit t'admire.
Mais tu souris et je me brûle
De tant de mots, à travers coeurs en flammes.
"Il n'est pas de faute irremissible pour son amour"
Nous avons cru notre corps immortel
Et le paysage inchangé,
La terre insoucieuse, les murs inébranlables.
Nous avons oublié que meurent sous nos yeux les saisons,
Près des pagodes noires de la forêt,
Dans la dignité du silence.
Les saisons sans actions, sans geste, sans parole,
Chacun léger, si léger. Les nations,
Des gouttes qui s'égarent
Sur la paroi du seau.
Le temps
Fébrilement sépare, mais un souffle suffit
Pour nous unir, dépassant notre ardeur.
L'espérance nous rend graves. Il n'est pas
De faute irrémissible pour son amour.

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